Leguideinfo.net: Ces cinq dernières années, l’Afrique de l’Ouest bat le record des coups d’Etats sur le continent. Cette situation a eu comme conséquence directe, le retrait de trois des quatre pays en transition de la CEDEAO. Par ailleurs, la sous région reste marquée par une instabilité sécuritaire entravant, la circulation des personnes et des leurs biens. Les enjeux commerciaux ont aussi pris un coup aux dires des spécialistes. Toutefois, beaucoup de citoyens restent optimistes.
« La CEDEAO traverse actuellement des difficultés en raison des sanctions imposées à certains pays membres. Ces sanctions créent des obstacles qui ne permettent pas à l’organisation de revendiquer une stabilité ou un fonctionnement optimal. Il faut oser dire que la situation n’est pas idéale, et la société elle-même en subit les répercussions. Ce qui en fait une préoccupation majeure », s’inquiète Dr Ibrahima Sory Diallo, président du parti ADC-BOC.
Les commerçants eux se plaignent des tracasseries dans les frontières. Ils souhaitent que les dirigeants prennent les voies terrestres pour mesurer l’ampleur de ce qu’il qualifie d’arnaque organisée.
« La libre circulation des personnes et de leurs bien de la CEDEAO est quasiment inexistante. Je viens juste de la Guinée-Bissau. Je fais 10 des 15 pays de la CEDEAO mais aucun parmi eux ne respecte les accords de la CEDEAO. Les pays anglophones s’y conforment. Mais les pays francophones ne respectent aucun accord de la CEDEAO, et l’organisation ne prend aucune mesure pour faire face à cette situation. Si les députés pratiquaient ces voies terrestres, ils réaliseraient les difficultés que nous traversons au quotidien », préconise Mamadou Athigou Diallo qui dit ne pas se sentir suffisamment protégé par les accords de l’institution de la CEDEAO.

Quoi qu’on dise, la Communauté des États Économiques de l’Afrique de l’Ouest reste une garantie. En tout cas ce que pense le directeur de l’Agence guinéenne de la Promotion des Exportations. Il reconnaît à peine, quelques défaillances dans l’application des accords qui lient les pays de la sous-région.
« On ne peut pas dire qu’elle est une fin en soi qu’elle a tout fait. Par exemple, grâce à la libre circulation, il est possible de voyager dans toute la région avec un passeport sans avoir besoin de visa. De même, la carte d’identité biométrique permet de se déplacer librement dans l’espace CEDEAO sans contraintes supplémentaires. Voyez déjà la différence et quand les gens veulent investir chez vous, si vous êtes dans la CEDEAO, il y a certaines garanties, certaines facilités que les banques peuvent apporter à des investisseurs qu’elles ne peuvent pas vous apporter si vous n’êtes pas dans la CEDEAO mais naturellement il y a des limites. Il y a les critiques, les gens veulent une CEDEAO beaucoup plus proche et qui respecte ses engagements. Les gens veulent une CEDEAO qui appliquent réellement les conventions parce que sur le plan commercial, certains États mettent en place des protections déguisées tandis que d’autres violent le schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO » relativise M. Amadou Daff Baldé, DG de l’AGUIPEX.

Selon cet expert, l’organisation a déjà mis des garde-fous pour protéger les textes ratifiés par les États. cela pour permettre aussi à tous citoyens de se plaindre en cas d’abus.
« Mais il y a aussi des mécanismes pour contrôler tout ça. Là, il y a des mécanismes ouverts pour faire des plaintes. Il y a un effort pour la libéralisation des échanges. Il y a la Cour de justice de la CEDEAO donc il y a tous ces mécanismes là. C’est une bonne chose. Elle est en mutation. Nous devons l’accompagner pour qu’il y ait plus d’intégration économique. Ces mécanismes doivent être vulgarisés et il faut des hommes intègres et des hommes politiques forts pour y arriver. Sinon, les pratiques anormales. Les barrières tarifaires continueront toujours », rappelle M. Baldé.
« Le principal défi aujourd’hui à mon avis est de dynamiser le commerce interafricain. C’est un enjeu majeur pour le développement économique du continent. Même si la CEDEAO a bien progressé dans les domaines des affaires et du commerce, il lui revient de renforcer son intégration avec les autres communautés économiques régionales pour créer un véritable marché commun africain. Mais de nos jours force est de constater que malgré que la vraie CAF est rentrée en vigueur depuis 2021 mais naturellement il y a des périodes de transition. Les États ne sont pas encore trop ancrés pour aller vite pourtant il faut le faire en créant des chaînes de valeur régionales »,
Des citoyens de la CEDEAO pensent que les dirigeants sont souvent déconnectés de la réalité. Ce sentiment est partagé par des techniciens qui appellent à plus de discernement de la part des décideurs politiques afin de relever les défis actuels.